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Texte Libre

Americas Latinas : 25 jours à l'heure de l'Amérique Latine




Les Huichols


L’origine des Huichols est incertaine, bien que des hypothèses aient été élaborées, basées sur des éléments linguistiques, mythologiques et archéologiques.

Il est probable que les Huichols descendent de différents groupes qui furent chassés dans la Sierra Madre Occidental.

Il est probable que quelques uns de ces groupes soient des tribus qui appartenaient à la famille uto-azteca et qui ont fui le pouvoir d’un empereur mésoaméricain, dans la Sierra, où ils ont alors rencontré d’autres groupes déjà établis sur ce territoire.

Il est possible que dans les ascendants des Huichols il y ait quelques tribus teochichimecas (indiens du Nord).

Il est aussi possible que des groupes des terres basses de la côte se soient mélangés avec les ancêtres Huichols à différentes époques. Apparemment, les ancêtres des Huichols ont maintenu une vie indépendante des grands empires.

Au moment de la Conquête, beaucoup de survivants des troupes espagnoles qui envahirent la zone, ont fui dans la Sierra. Cette dernière, par son accès difficile, ne fut pas conquise. Ses alentours se sont peuplés durant la dernière décennie du XVI ème siècle et au début du XVII ème siècle.

Les villages de Colotlán, Mezquitic, Huajimic, Huejuquilla et Tenzompa ont été fondés par les espagnols comme frontières pour délimiter le territoire conquis.

La période de l’Indépendance a été la scène de nombreuses récupérations des terres suite aux lois de desamortización.

En 1887, le gouvernement de Porfirio Diaz a tenté à nouveau de délimiter les terres, ce qui a provoqué des affrontements entre les communautés elles-mêmes.

La Révolution apporta une période de violence dans la Sierra, qui a vu les avancées de différents groupes armés. Bien que les Huichols ne se soient alliés à aucune bande en particulier, la situation est devenue chaotique.

La guerre cristera marque une autre période de violence dans la zone.

Actuellement les Huichols continuent de défendre leurs terres des abus et invasions des métisses (de sang indien mêlé a du sang espagnol, soit la majorité des mexicains) ou d’autres indigènes de la Sierra qui exercent une constante pression pour profiter des ressources de leur terre.


Kunas, Ngobe-Bugle, Emberas et Wounaan

 



La langue officielle du Panama est l'espagnol. L'anglais est également parlé et compris dans les grandes villes. Le pays a pour religion majoritaire le catholicisme avec diverses célébrations religieuses tout au long de l'année. Il existe aussi d'autres religions comme le protestantisme, le judaïsme ainsi que la religion musulmane.

La population s'élève à environ 2.8 millions d'habitants avec une densité moyenne de 34 habitants au kilomètre carré. C'est une population jeune et urbaine avec de multiples métissages. Le creuset ethnique panaméen se compose de descendants d'immigrants européens (espagnols, italiens, français, allemands...), d'anciens esclaves noirs affranchis, diverses communautés indigènes venant de la côte ou de la montagne, des chinois, des indiens etc. Cette grande diversité ethnique forme la population du Panama.

 

Le pays compte 5 territoires autonomes indigènes (Cemaco, Wargandí, Madungandí, Kuna Yala, Ngobe Bugle) établies tout le long de l'Isthme, provinces aux paysages uniques et regorgeant de richesses. Les trois ethnies indigènes les plus présentes sont :


•  Les kunas: Cette ethnie compte environ 60 000 personnes qui vivent sur l'archipel de Kuna Yala ainsi que dans la capitale. Sans aucun doute un des plus beaux endroits du Panama avec les 350 îles qui forment l'archipel. L'artisanat: les Molas conçues par les femmes Kunas sont d'une incroyable précision et leur permet grace à la vente aux touristes d'obtenir un revenu économique non négligeable. L'anthropologue français Michel Perrin est un des meilleurs spécialistes de cette ethnie.


•  Les Ngobe-Bugle: Le groupe indigène le plus important du Panama avec plus de 150 000 personnes. Leur territoire s'étend de la côte Caraïbe jusqu'à Veraguas en passant par Bocas del Toro. Les Ngobe-Bugle sont également connus sous le nom de Guaymie et se distinguent par leurs vêtements et colliers colorés. Isolée des grandes villes, cette ethnie vit dans une extrême pauvreté. L'anthropologue française Francoise Guionneau-Sinclair a étudié leurs traditions en détail.


•  Les Emberas et les Wounaan: Ce sont deux ethnies provenant de la province colombienne de Choco avec une population de 30 000 personnes réparties entre la jungle du Darién jusqu'aux rives du fleuve Chagres qui alimente le Canal de Panama. Les Emberas et Wounaan vivent de la pêche, de la chasse ainsi que de la cueillette de fruits et autres plantes comestibles. Leur artisanat est particulièrement apprécié pour sa finesse, avec la sculpture de l'ivoire végétal, la tagua et le tissage de panier, à base de fibres de palmiers.



 

Les Shipibo-Conibo

L'art de la femme shipibo

Dans les communautés shipibo-conibo des rives de l'Ucayali, qui serpente à travers la forêt amazonienne, la maison familiale est un petit atelier fonctionnel. Là , l'industrieuse femme indienne travaille chaque jour à la création de céramiques ,de broderies ou de peintures des tissus et à leur confection. Dans chaque cas c'est un stupéfiant témoignage de l'ancestrale culture de ce peuple. La majeure partie du talent créatif de la femme shipibo s'illustre dans la confection textile. L'ornementation colorée et dessinée constitue l'expression la plus caractéristique de cette ethnie. On utilise des techniques très anciennes pour fixer les dessins sur les tissus. Les pinceaux sont efficacement remplacés par des éclats de roseaux ou d'os d'animaux et des arêtes de poissons. Des pigments naturels mélangés avec de l'argile servent à l'élaboration de ces peintures. Lorsque l'on se trouve en face d'une pièce d'artisanat shipibo, en particulier pour les tracés géométriques qui sont si caractéristiques, grâce auxquels, par ailleurs, on peut facilement les identifier, il faut se souvenir que, sous une apparente ressemblance , les dessins sont chaque fois différents d'une maison à une autre.

Traduit de la Grande Encyclopédie de l'Ucayali

 

LE GRAPHISME DÉCORATIF DU PEUPLE SHIPIBO-CONIBO

La pensée shipibo est métaphorique, elle procède par analogie et établit un lien étroit entre toutes choses. Les dessins qui ornent les poteries et les divers objets de leur artisanat, des broderies de leurs vêtements traditionnels à leur maquillage lors des fêtes et cérémonies, relèvent d'une représentation de maillages, de réseaux, de labyrinthes propre à leur culture. Le graphisme de l'artisanat correspond aux dessins dont est ornée la peau de l'anaconda. Pour les Shipibo, l'anaconda est à l'origine de la création et représente l'esprit de l'eau.
Dans le chamanisme de la région de l'Ucayali, on désigne les dessins des broderies et des décorations par le nom de "Ronin" qui signifie l'anaconda. On peut penser que ce symbole correspond à l'origine du vivant. Ces dessins sont très spécifiques de ce peuple de la forêt amazonienne. Transmis par imitation, de génération en génération, on pourrait penser à un langage permettant aux Shipibo de communiquer entre eux ou de se reconnaître comme appartenant à la même ethnie. Lorsque l'on regarde avec attention ces dessins très typés, lesquels sont à chaque fois différents, variés à l'infini par leurs auteurs, on est frappé par l'aspect vibratoire de l'ensemble de chaque representation. Ceci est rendu particulièrement sensible au niveau des broderies et des tissus peints qui nous font découvrir de véritables tableaux abstraits,sauf si l'artisan, et j 'aurais plutôt tendance à dire l'artiste, inclut la représentation d'un animal ou des formes géométriques précises. A l'origine, les dessins étaient tracésà angle droit, alors qu'actuellement on utilise aussi les courbes. Ces variations qu'apporte chaque personne dans la réalisation de l'ensemble de chaque décor des broderies ou des peintures reflètent bien évidemment le monde intérieur de l'artiste à travers son vécu au moment du tracé. On peut aussi penser que l'aspect vibratoire du résultat final est une résurgence du monde, ô combien mouvant et vibrant, auquel accèdent les Shipibo dans leurs visions lors de la prise de la plante psychotrope Ayahuasca, pratique pour eux assez courante, séculaire et donc inscrite dans leur mémoire cellulaire. Il est intéressant de préciser que ces dessins se font à main levée et que l'on ne suit pas un modèle préétabli, comme dans l'art de la tapisserie où l'on copie un carton, ou bien la broderie européenne où des dessins et des points sont souvent reproduits et donnent des résultats d'une grande perfection. A travers une certaine imperfection dans la réalisation des "œuvres" de ce peuple on peut en déduire une indifférence envers la perfection et une insoumission à un modèle imposé, qui rendent ces ornements frémissants de vie.


On pourrait comparer cette façon d'aborder leur art à celle des jazzmen ou de tout musicien qui improvise, qui se soucie plus de ce qu'il vit dans l'action, "du faire", plutôt que dans la recherche de perfection de l'interprétation d'une œuvre écrite, pensée par un compositeur. Ce peuple de chasseurs - pêcheurs a toujours vécu au jour le jour, préoccupé par le souci de trouver sa nourriture journalière, vivant dans l'instant présent, ne se projetant guère dans l'avenir. Sans doute que vivre dans le présent, confronté aux nécessités prioritaires de survie, aiguise l'attention à l'environnement mais aussi incite davantage à "être", plutôt qu'à se projeter dans des désirs futurs. Leur tradition est orale, que ce soit leurs chants, leurs danses, leur artisanat, leurs mythes ainsi que leur connaissance très étendue des plantes médicinales, acquise au cours de siècles d'expérience et de recherche, et c'est bien là ce qui fonde leur identité.
Ce sont les femmes qui exécutent les travaux d'artisanat (broderies, poteries, bijoux, décorations…) et de jardinage, alors que la peinture et la sculpture sont plus le fait des hommes. Dans les sociétés communautaires primitives, les femmes avaient donc un rôle de transmission du savoir et de la création, un rôle de gardiennes de la création et des créatures, tandis que les hommes avaient un rôle d'action (chasse, pêche, guerre…).Cette répartition des rôles donnait une société équilibrée. L'art de la poterie est le fait des "anciennes". A l'origine, les grandes poteries anthropomorphiques étaient des urnes funéraires. Cette situation perdure dans les communautés où les femmes gardent la coutume des travaux d'art. Mais, tout en n'étant pas considérée comme subalterne, cette place dans la société les met en porte-à-faux avec la réalité présente, dans laquelle la nécessité fait loi, et où ,bien sûr, se livrer à un travail artistique non rentable équivaut à développer une sorte de paresse, un sentiment d'inutilité. Ceci crée nombre de malentendus entre les communautés shipibo et les métis qui, en tant que réfugiés la plupart du temps, sont dans un processus d'acculturation largement entamé.


 

Hélas, le rouleau compresseur de la mondialisation risque bien de détruire tout cet acquis artistique et culturel. Certaines congrégations religieuses aident matériellement ces peuples de la forêt mais, par contre, elles dénigrent et diabolisent leur culture ancestrale sans aucun respect pour ce qui les rend fiers d'être ce qu'ils sont, alors que leur propres valeurs sont souvent proches de celles développées dans les religions. Elles développent ainsi chez eux des sentiments de honte, de culpabilité à s'exprimer par leur propre culture et leur font perdre leur identité et leur joie de vivre.
Le soir, des groupes de musiciens et chanteurs convertis se réunissent dans les églises de la communauté et, souvent, accompagnés par des guitares et des contrebasses électriques, chantent des cantiques et parfois des mélodies du répertoire traditionnel shipibo dont on a remplacé les textes originaux par des textes à fond religieux. En somme, une sorte de rock divin remplace la musique des fêtes traditionnelles et des rites initiatiques!!!
Les chants traditionnels sont souvent très poétiques avec des métaphores, de l'humour et ils expriment toute la gamme des émotions du vécu des indiens de la forêt à travers un répertoire très riche. Berceuses, chansons d'accueil, de fête, chants de guérison, d'amour, de travail, de louange à la nature ou à la joie de vivre. Très souvent les textes, en rapport avec le contexte (accueil, fêtes, berceuses, etc…) sont improvisés et expriment l'imaginaire de chacun.
Le drame est que toute tradition orale qui n'a pas été préservée de disparition par l'écrit est appelée à disparaître définitivement, or si cette tradition est celle des Shipibo , elle fait aussi partie de notre patrimoine mondial. En cela il est urgent de prendre en compte la préservation et la valorisation de ces richesses culturelles.
Par ailleurs , la culture traditionnelle du peuple Shipibo-Conibo sert de fondement à la culture moderne de l'Amazonie. Dans La Grande Encyclopédie de l'Ucayali est émit l'hypothèse que le système culturel complexe des indiens d'Amazonie serait essentiellement chamanique et que la clef de voûte de ce système serait l'Ayahuasca, la plante mère de toutes les plantes médicinales de la Selva.
Dès l'aube du peuplement amazonien les cultures et civilisations anciennes font interagir le monde matériel avec le monde spirituel avec comme intermédiaire et comme stimulant l'Ayahuasca.

Ainsi naquirent rituellement les mythes des origines, les chants et les danses, la pensée et la connaissance indigène sur la nature à travers la perception du génie des plantes sacrées, entre autres l'ayahuasca, la chacruna, le chuchuhuasi et bien d'autres plantes médicinales et psychotropes. Dans cette matrice se développent toutes les possibilités d'un art et d'une culture amazonienne. Pour les artistes et les créateurs actuels de Pucallpa ou de la région de l'Ucayali, le point de départ est cette matrice Shipibo-conibo, sans exclure d'autres sources indigènes. Mais cette source d'inspiration n'est qu'un point de départ, seulement un référent culturel et artistique et, en aucune manière un modèle à imiter. On peut imaginer, pour un peintre, la stimulation provoquée par l'investigation, la connaissance, la révélation de toute la technique ancestrale des arts de la poterie et des tissus brodés ou peints des Shipibo- Conibo. Les femmes indiennes ont une inspiration de source magique , selon l'explication du chaman Guillermo Arevalo : "Les Shipibo-Conibo non seulement apportent à la création de la culture amazonienne moderne leur extraordinaire connaissance et compréhension de l'écosystème fluvial mais encore la représentation
de cet univers dans sa dimension symbolique… " En accord avec cette version la légende dit qu'un couple qui fonda la race Piro vint de la région de l'Urubamba et apprit aux femmes shipibo à tisser et à broder. Il existe une connaissance ancestrale, qui se pratique toujours, qui est celle de l'utilisation d'une des 60 variétés de piripiri, une autre plante médicinale. Selon la tradition, les mères mettent une goutte de piripiri dans les yeux de leur fille dès la naissance. Le piripiri ayant un esprit mère, en tant que plante maîtresse, donnent aux petites filles
des songes d'oiseaux, d'anacondas, de fleurs et d'étoiles avec tout le bestiaire symbolique et les tracés linéaires qui apparaissent ensuite sur les céramiques et les tissus. Ce graphisme est un des traits distinctifs des shipibo". D'autres caractères distinctifs sont à noter tels que : l'ignorance de l'usage du hamac, le port par les hommes de grandes tuniques de coton décorées et la déformation crânienne par aplatissement du front dès la naissance ".


Les chants

 

L'ethnomusicologue Bernd Brabec de Mori nous donne ces précisions: Au niveau de la forme des chants de ce peuple on peut en distinguer trois catégories:
1/ Masha (chant dansé en groupe circulairement). L'ultime phrases de la strophe se répète obstinément, parfois en accélérant à la fin.
2/ Shiro bewa (chant solo ou en groupe). Chant de "bonne vie", en buvant le masato, sur l'amour, sur des drôleries. Une forme spéciale est "kopiananti": deux personnes (ou deux groupes) se répondent l'une à l'autre, parfois en improvisant, parfois en s'insultant par des plaisanteries.
3/ Bewa (chant seul). Bewa a plutôt le caractère de la romance, chanté en solo. Certains chanteurs ont la capacité d’improviser en rimes sur les circonstances ou les lieux qui les inspirent : par exemple : « un couple m’a amené pour célébrer la douceur », « écoutez bien mon chant pour vous souvenir quand je ne serai plus là »… Les "Icaros" sont des chants de guérison appris à travers les visions, les rêves ou par transmission orale et font partie de cette catégorie.

Sources : Association Shane

 


 

 

 


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